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Suiza, de Bénédicte Belpois aux éditions Gallimard

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    murielmartinellaauteur
  • il y a 4 jours
  • 5 min de lecture

Après la claque de l’évènement littéraire « Une maison vide » de Laurent Mauvignier, , aucun livre n’a trouvé grâce à mes yeux au point de vouloir en écrire une chronique. Depuis de longs mois, j’enchaîne les titres… La couverture refermée, bof ! je passe à autre chose, en entame un autre en oubliant aussi vite ce que j’ai lu ( pourtant des best-sellers recommandés par la presse ! ). Mes lectures de ces derniers mois étaient à effet flop ou effet pfff sans effet waouh. Pas une pour rattraper l’autre et me faire sortir de ma paresse afin de rédiger quelques lignes à leur propos. Les semaines défilant, je me suis demandé si cela venait de moi ou si le niveau littéraire avait sérieusement baissé.

 Eh puis, Suiza est arrivée !

Par une réflexion de mon mari, alors que nous étions côte à côte penchés sur nos bouquins respectifs « Celui-ci, tu devrais le lire ! ». Oui, je connais la chanson, il m’avait déjà fait le coup pour « les sœurs Mortimer », un thriller de bas étage qui ne m’avait pas enchantée. Mais il a insisté « Non, non, rien à voir ! celui-ci possède une écriture qui te happe, je ne peux plus m’arrêter ! ».

Ah.

Et puis, les commentaires tout au long de sa lecture se sont faits de plus en plus enthousiastes, de plus en plus jubilatoires ( il faut avouer, je le découvrirai plus tard, que Suiza comporte des scènes de sexe réalistes au possible qui ne peuvent que l’avoir émoustillé. ) Les actes de chair en littérature sont le plus souvent ennuyeux. La description des ébats souvent ratée. Une scène de sexe reste un des thèmes les plus difficiles à écrire. ( donc les plus difficiles à lire. ) Mal décrite, elle peut vite devenir vulgaire, voire ridicule. Les métaphores voluptueuses ou cul-cul nous font pouffer.

Au même titre que l’humour. Il faut que cela soit bien amené pour que ça fonctionne.

Ma curiosité éveillée, j’ai lâché le roman que j’étais en train de lire ( « Les Buddenbrook » de Thomas Man, excusez du peu ! superbement bien écrit, mais un brin daté et en décalage complet avec notre quotidien actuel ).

J’ai donc commencé « Suiza » et dès les premiers mots, l’ai adoré.

Enfin.

Après des mois d’ennui, de bâillement, j’étais enfin saisie.

Bénédicte Belpoix écrit comme un homme. On m’aurait caché le nom de l’auteure, j’aurais juré qu’une plume masculine, à la fois délicate et brute, était à l’origine de cette histoire, de ces dialogues plus vrais que nature comme si l’écrivaine s’était amusée à tendre un micro dans ce petit village de Galice. C’est d’ailleurs pour moi, et rien que pour moi, l’un des critères d’un bon livre. Qu’un homme sache se glisser dans la peau d’une femme et inversement, à tel point qu’on ne puisse deviner le genre de l’auteur.

Il serait difficile et trop long de vous rapporter en long et en travers ce que j’ai aimé dans ce bouquin. La plume est précise, lyrique, pas de trop, juste ce qu’il faut. Les dialogues sont vraisemblables, ce sont des paysans rustres qui s’expriment et jurent comme des charretiers. Le corps devient un langage. Les scènes de sexe, je l’ai déjà dit, sont crues, réalistes, poétiques, magnifiques. Pour l’intrigue, la romanière a évité les pièges de la caricature, a su trouver les éléments pour nous surprendre. Les personnages sont bien campés, possèdent une psychologie originale qui change de tout ce qu’on peut lire habituellement dans les romans. Cette peinture sociale est belle de la première à la dernière ligne, bouleversante, intense, torride.

Espagnole.

Olé. Olé.

Attention, il ne plaira pas aux féministes.

J’ai découvert une auteure. Je vais m’empresser de découvrir ses autres livres ( elle en a écrit quatre ).

Publié chez Gallimard ( évidemment bien sûr ), ce roman est un véritable bijou qui me hante plusieurs jours encore après l’avoir terminé. Écrit en 2019, je m’étonne qu’il n’ait pas été primé.

 

Résumé :

« Elle avait de grands yeux vides de chien un peu con, mais ce qui les sauvait c’est qu’ils étaient bleu azur, les jours d’été. Des lèvres légèrement entrouvertes sous l’effort, humides et d’un rose délicat, comme une nacre. À cause de sa petite taille ou de son excessive blancheur, elle avait l’air fragile. Il y avait en elle quelque chose d’exagérément féminin, de trop doux, de trop pâle, qui me donnait une furieuse envie de l’empoigner, de la secouer, de lui coller des baffes, et finalement, de la posséder. La posséder. De la baiser, quoi. Mais de taper dessus avant ». La tranquillité d’un village de Galice est perturbée par l’arrivée d’une jeune femme à la sensualité renversante, d’autant plus attirante qu’elle est l’innocence même. Comme tous les hommes qui la croisent, Tomás est immédiatement fou d’elle. Ce qui n’est au départ qu’un simple désir charnel va se transformer peu à peu en véritable amour.

 

Extrait :

Je devenais fou, je le sentais. À cause de son odeur, là, qui venait contre moi. Un mélange simple, sensuel et curieux de sueur légère et de lait. Un parfum farineux et sucré de femme, que je n’avais plus en mémoire. Je pouvais voir de plus près ses cheveux blonds, virant au roux franc. Ce n’étaient pas les grandes cascades noires des filles du village, qu’elles ramenaient en chignon ou en architectures compliquées de volutes saines et de mèches rebelles, c’étaient des cheveux d’une finesse absolue, qui tombaient en boucles délicates le long de son visage. Je devinais les oreilles, petites elles aussi, et la naissance du cou, où palpitait un réseau veineux d’un bleu tranchant.À nouveau, j’étais comme un dingue. Un prédateur. J’avais envie de la mordre, là où les veines battent, et de ne lâcher son cou que lorsqu’elle aurait fini de se débattre. Me revenait en mémoire une scène similaire de renard étouffant une caille, la froideur scintillante de ses yeux patients et déterminés.Je me suis levé, au ralenti, tout doucement, pour la surprendre, la coincer au plus vite. J’avais au moins trois têtes de plus qu’elle, ça allait être facile. Je l’ai regardée avec une telle intensité qu’elle a fini par lever les yeux vers moi, enfin, une fois la bière et le verre posés sans encombre. Elle m’a paru instantanément effrayée. Je sentais qu’elle percevait mon désir, ma puissance, et que je lui faisais peur. Son inquiétude la rendait encore plus immobile, mon regard la clouait au plancher.Tous les deux, nous ne bougions plus d’un pouce, sachant que le premier qui esquisserait un mouvement entraînerait une attaque ou une fuite irréversible. J’étais dans les starting-blocks, prêt à jaillir.

 


 
 
 

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